Boulimie commerciale

Une nouvelle zone commerciale de 70 000 m2 à l’horizon 2020-2022 pour le Choletais : voilà l’annonce faite lors d’un récent conseil de la Communauté d’Agglomération du Choletais (CAC) début 2016. La densité commerciale ( nombre de m2 de surface commerciale par habitant) du Choletais est pourtant déjà très élevée comparée à toutes les villes de la région et arrive même en tête au niveau national si l’on en croit la base de données LSA Expert.

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Densités commerciales de diverses villes en France et moyenne nationale ( F. Loiseau )

 

Alors qu’entre 2004 et 2015 la population de la ville de Cholet diminuait légèrement et que la population de la CAC n’augmentait que d’un peu plus de 1000 habitants (1) situant le Choletais loin derrière le dynamisme démographique qu’a connu le Maine-et-Loire et la région des Pays de la Loire, plus de 100 000 m2 (2)  de nouveaux commerces ont été créés sur le territoire de la CAC.

Ce que certains appellent encore « développement » n’est rien d’autre qu’une boulimie commerciale. La Chambre de Commerce et de l’Industrie CCI du Maine-et-Loire souligne la  « croissance débridée des mètres carrés commerciaux à Cholet » dans son livre blanc sur le commerce dans le Maine-et-Loire de 2014. La CCI note également « La croissance très, voire trop, forte des surfaces en périphérie a eu un impact négatif évident sur le commerce de centre-ville. Ainsi, le centre « Les Arcades Rougé », à la mi-2014, voyait la moitié de ses cellules vacante, et plus généralement c’est près du quart des cellules de la commune qui sont disponibles. ». Aujourd’hui, après tant d’années, les Arcades Rougés accueillent enfin de nouveaux commerces. Nous nous en réjouissons et nous souhaitons vivement la réussite de celles et ceux qui entreprennent à Cholet et dans le Choletais. Nous constatons en revanche qu’il s’agit trop souvent de transferts de magasins déjà existants et si de nouveaux magasins ouvrent aujourd’hui dans les Arcades Rougé, cela se fait au détriment d’autres rues commerçantes du centre-ville. Le rue St Pierre n’est plus que l’ombre d’elle même, la rue Clemenceau souffre… Combien de cellules commerciales restent inoccupées dans le centre-ville de Cholet ? Combien de communes à proximité immédiate de Cholet ont pu garder une véritable diversité de commerces ?

 

Il y a dix ans la majorité a par facilité fait le choix de privilégier les grandes zones commerciales à la périphérie de la ville au détriment du centre-ville. De telles zones commerciales ont toutes les mêmes caractéristiques. Elles s’implantent sur des terrains vendus à bas prix par les villes. Elles participent à l’étalement urbain et sacrifient les terres agricoles proches des villes qui devraient au contraire être préservées pour assurer une production plus diverse et plus locale.

 

Elles 2profitent des infrastructures publiques, notamment routières, sans y contribuer financièrement et intensifient encore l’usage de la voiture, provoquant in fine de nouveaux engorgements routiers : après avoir construit une zone commerciale proche de la sortie d’autoroute au nord de Cholet ( vers Angers et Saumur) , la nouvelle zone commerciale se situera proche de la sortie d’autoroute sud à l’intersection des routes de Poitiers Nantes et de la Roche sur Yon.

 

Ces zones commerciales reposent sur des zones de chalandise toujours plus vastes. Celle de Cholet vient maintenant buter sur celles d’Angers, Les Herbiers et Nantes ainsi que nous pouvons le constater sur la carte des zones de chalandise pour Cholet situées à 10, 20 et 30 minutes de Cholet en voiture ( cf carte ci-dessus ) . Ces zones commerciales assèchent grandement la vie commerciale des centres-villes mais aussi des communes environnantes. Des enseignes de petite taille ou de taille moyenne qui auraient pu rester ou se développer en centre-ville ou dans les communes se sont déplacées vers les  zones commerciales à la périphérie de la ville. A Cholet, plusieurs enseignes ont déménagé du centre-ville pour s’installer en périphérie de la ville alors que les produits qu’elles vendent : vêtements, chaussures, articles culturels, lunetterie, restauration … auraient parfaitement pu convenir à des des magasins de centre-ville. Cholet est donc malheureusement un parfait exemple d’un aménagement commercial déséquilibré.

 

 

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( Photo: F. Loiseau )

Sous couvert d’enseignes multiples, ces grandes zones commerciales concentrent l’activité dans les mains de quelques groupes de distribution nationaux ou internationaux. Ces groupes imposent des prix si bas à nos agriculteurs et à nos industriels qu’ils les étranglent, cassent notre industrie et notre système de distribution encore respectueux de normes sociales et environnementales. Ainsi l’enseigne phare de cette nouvelle zone commerciale, Leroy Merlin, appartient au groupe commercial Mulliez ainsi que Décathlon, Cultura, Boulanger, Flunch, Kiloutou, Saint Maclou, Norauto, Midas, Jules, Brice, Bizzbee, Kiabi … On apprend aussi que, sur l’ensemble des 70 000 m2, une zone de 25 000 m2 entrerait dans un périmètre de non-concurrence de 15 ans et qu’un pacte de préférence de 10 ans serait instauré au profit de Leroy Merlin. Ceux qui se réclament du libéralisme économique organisent en fait l’absence de concurrence et tuent dans l’oeuf toute coopération entre les territoires et leur économie locale. Le groupe Mulliez pèse 38 milliards d’euros. La famille Mulliez est une des premières fortunes de France au coude-à-coude avec les familles Arnault, Bettencourt, toutes spécialistes des  »optimisations fiscales ». Patrick Mulliez, exilé fiscal en Belgique, paye ainsi très peu d’impôt sur le revenu en France. Est-ce vraiment avec ce genre de groupes et d’entrepreneurs que nous devons travailler pour développer nos territoires? Que quelques grands magasins ( bricolage, jardineries, magasins de sport… ) s’installent à la périphérie de la ville, chacun le comprendra; en revanche nous ne devrions pas accepter que ces grandes zones commerciales périphériques captent les petites et moyennes surfaces qui pourraient vitaliser le cœur de la ville et les petites villes environnantes.

Les nouveaux commerces apparus entre 2004 et 2010 ont certes créé des emplois sur le territoire de la CAC : + 642. Mais ce chiffre s’effondre après 2010 : – 183 emplois entre 2010 et 2014, soit un solde encore positif de 459 emplois. Ces créations d’emplois ne parviennent cependant pas à enrayer la fuite de la population jeune (18-35 ans) de notre territoire. Rien n’est dit non plus sur la qualité de ces emplois. Il faut également constater qu’à une plus large échelle l’accroissement du nombre d’emplois dans le secteur du commerce sur la Région des Pays de la Loire croît sensiblement au même rythme que la population dans son ensemble. Les emplois créés dans un endroit sont souvent détruits à quelques kilomètres de là. De véritables déserts commerciaux apparaissent sur les territoires situés entre les villes.

 

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( Photo: F. Loiseau )

Il est temps que la Communauté d’Agglomération du Choletais gère mieux son foncier. Céder des hectares de terrains à de grands groupes internationaux est toujours plus facile que d’imaginer et développer un autre type de production, de distribution, de commercialisation et de consommation. Aujourd’hui les grands groupes commerciaux mettent les territoires en concurrence entre eux. Nous pouvons refuser ce type particulier de développement; ne bradons pas notre foncier, équilibrons les activités commerciales au sein des villes, créons des liens étroits entre l’ensemble des productions locales et les commerces. Nous conserverons et créerons ainsi plus d’emplois et nous préserverons notre environnement le plus proche.

Alors que de plus en plus de citoyens aspirent à davantage de proximité, il est temps de mettre un frein à ce développement mortifère et de ne plus céder à cette forme pré-pensée et pré-mâchée du développement que les grands groupes veulent généraliser avec la complicité des Maires et Présidents d’agglomération. Lorsque les élus acceptent une zone commerciale  »clés en main », ils se dispensent de penser le développement commercial souhaitée par leur population. Pour ne plus nous retrouver prisonniers de ce type de commerces qui par leur puissance de feu étouffent grandement les autres formes de vente, il est temps de soutenir des modèles commerciaux plus ancrés dans nos territoires. D’autres choix sont possibles.

 

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  1. 81 775 habitants en 2004 / 82 787 habitants en 2015 ( communes regroupant la CAC jusqu’au 31 décembre 2016, incluant Bégrolle en Mauges ).
  2. http://www.maine-et-loire.gouv.fr/

 

 

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