Vidéo surveillance dans le centre ville de Cholet : pour quoi faire ?

Etat des lieux national et international.

La sécurité est la première des libertés; il est donc important d’apporter des réponses réfléchies et efficaces aux problèmes d’insécurité.

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Parmi les réponses possibles, la vidéosurveillance des rues, rebaptisée vidéo-protection sous l’influence des lobbies du marché de la sécurité, est souvent présentée comme une solution, voire la solution, pour combattre les actes de délinquance et d’incivisme. On a ainsi vu se multiplier les caméras en tous genre dans les rues de nombreuses villes pour, nous dit-on, mieux nous protéger. Est-ce le cas ? De quels éléments disposons-nous pour nous faire notre propre idée de la chose ?

Pour répondre à cette interrogation nous pouvons évidemment nous référer à la parole publique qui vante les vertus et les bénéfices de la vidéo surveillance en termes de sécurité publique et de protection des citoyens.

 

 

Cependant, à notre connaissance, et au-delà du sentiment, positif ou négatif, que chacun peut éprouver pour ce dispositif, aucune étude sérieuse n’a démontré l’efficacité de la vidéosurveillance des rues. Seul existe un rapport de 2009, commandé par le Ministre de l’Intérieur de l’époque M. Hortefeux. L’objectif de ce document était justement de démontrer l’intérêt de la vidéosurveillance, (Voir lien n°1 « rapport Hortefeux ») mais la faiblesse méthodologique de ce document invalide totalement ses conclusions (voir lien n°2 « contestation des conclusions et de la méthodologie).

On pourra aussi consulter utilement le rapport de la cour des comptes de juillet 2011(voir lien n° 3 « rapport de la cour des comptes ») dont les conclusions sont loin de plébisciter la vidéo surveillance (voir lien n° 4 « la cour des comptes enterre la vidéo surveillance »)

Au-delà de nos frontières nous disposons aussi d’études qui concluent que la vidéosurveillance n’a qu’un faible impact dans les espaces étendus comme les rues, qu’elle n’a pas d’effet dissuasif et qu’elle ne permet que très rarement d’aider à l’élucidation des actes de délinquance. Les seuls endroits où elle semble efficace sont les lieux restreints tels les parkings, les halls etc. Mais on assiste alors, le plus souvent, à un simple déplacement de la délinquance à quelques mètres des lieux étroitement surveillés. Enfin, il semble que les pays les plus en pointe dans le domaine de la vidéo surveillance comme peuvent l’être les pays du royaume uni soient dans une réflexion sur le rapport coût/efficacité du dispositif (voir lien n°5 « la vidéo surveillance au Royaume uni »).

La situation choletaise 

Compte tenu de ces différents éléments il convient maintenant de s’interroger sur la pertinence de mettre en place un système de vidéo surveillance dans le centre ville de Cholet.

 

Première interrogation : Les faits de délinquance constatés sur les zones couvertes par les caméras proposées justifient ils le dispositif et quelle méthodologie a-t-on utilisé pour conclure à l’utilité du dispositif ?

Monsieur l’Adjoint à la sécurité de la ville admet en effet que la délinquance dans le centre-ville est faible et stable depuis quelques années. On peut donc s’interroger plus avant sur les problèmes que rencontre la ville par exemple:

  • Quelle est la cartographie de la délinquance et des incivilités sur la ville de Cholet et la CAC en général ?
  • Quelles sont les différentes formes de délinquance ?
  • Comment la délinquance et les incivilités sont-elles mesurées à Cholet et par qui ?
  • Quel diagnostique de départ a-t-il conduit à vouloir installer des caméras dans le centre ville?
  • Qui en a été chargé  (forces de l’ordre nationale ? forces de gendarmerie ? police municipale ?…) ?
  • Quels sont les effets attendus et à quelles échéances est-il prévu d’évaluer l’efficacité du dispositif ?
  • Quelles modalités d’évaluation vont-elles être mises en place ?

Sur ce sujet précis de l’évaluation, le rapport précédemment cité de la Cour des Comptes soulignait également qu’une  »telle évaluation ne pouvait être fondée sur la seule évolution du nombre de crimes et délits commis dans les zones placées sous le contrôle des caméras et qu’elle devait prendre en compte d’autres éléments, par exemple un possible déport de la délinquance vers d’autres zones. »

  • Des études alternatives à l’installation de caméras ont-elles été menées auprès des populations victimes des différentes formes d’incivisme et de délinquance ?

 

Deuxième interrogation : le coût du dispositif est-il pertinent au regard des attentes ?

Il apparaît difficile de trouver une réponse à cette question. La ville annonce en effet un coût de 65 273,25 € hors-taxe pour le système de vidéo surveillance qu’elle souhaite mettre en place.  Dans le même temps, aucune évaluation du coût de fonctionnement n’est communiquée aux citoyens. Il nous faut donc essayer de trouver ces informations auprès d’autres instances. Une fois encore le rapport de la cour des comptes de 2011 peut nous apporter un éclairage intéressant. Celui-ci stipule en effet que dans les villes utilisant la vidéosurveillance  »le coût annuel de fonctionnement des systèmes de vidéosurveillance, incluant la rémunération des personnels d’exploitation, les frais de maintenance et éventuellement la location des liaisons numérisées avait un coût moyen supérieur à 5000  € par caméra et par an ».

Installer des caméras de vidéosurveillance dans le centre-ville de Cholet a donc un coût particulièrement élevé, incomplètement chiffré et dont l’efficience n’est pas sérieusement démontrée.

 

Troisième interrogation : Les choletais sont-ils favorables à l’implantation de caméras dans le centre ville de Cholet ?

Il est bien difficile de répondre à cette question sans interroger la population dans son ensemble. Si un référendum d’initiative locale se justifierait sur un tel sujet il ne semble cependant pas à l’ordre du jour.

Ainsi, entre les partisans de ce type d’équipement qui, considérant qu’ils n’ont rien à se reprocher, se déclarent favorables à celui-ci et les citoyens qui s’interrogent sur les conséquences d’une surveillance permanente de leurs faits et gestes et pensent que la présence de caméras est une atteinte à leurs libertés individuelles il est bien difficile de trancher.

 

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Tout juste pourra-t-on relever, que les récents événements que notre pays a connu, que ce soit à Nice il y a quelques mois ou, très récemment, à Viry-Châtillon peuvent nous inciter à penser qu’en mesure de prévention et de dissuasion les caméras de vidéosurveillance n’ont, à tout le moins, pas fait la preuve d’une efficacité exemplaire. Peut-on également faire fi des enseignements d’un 20ème siècle qui vit des millions de gens exterminés aux motifs de leurs origines ethniques, de leur religion ou de leur inclinaisons intimes et qui pourtant n’avaient, elles non plus, « rien à se reprocher ».

 

 

 

Quatrième interrogation: Existe-t-il des mesures alternatives à l’installation de caméras dans les centres ville ?

De fait, certaines villes ont fait le choix de travailler en profondeur à analyser et réduire les actes de délinquance et d’incivisme. Ainsi, certaines ont mis en place des Observatoires des Troubles à la Tranquillité, d’autres ont pu ouvrir (Chateaubriand 44) des Maisons de la Justice et du Droit dont les missions sont d’intervenir dans le domaine de la petite délinquance et des petits litiges (en plus d’accompagner les citoyens dans certaines démarches juridiques).

On pourrait également s’interroger sur les mesures mises en œuvre et financées en partie par l’Etat via le Contrat de Ville dans quelques quartiers qui gagneraient sans doute à être élargies à tout notre territoire, y compris au centre-ville : adultes relais pour faire de la médiation, création de  »citoyens référents » destinés à recenser les difficultés rencontrées vis-à-vis de l’insécurité ou des incivilités, comme cela se fait dans certaines villes.

Plus globalement, ne serait-il pas nécessaire de s’interroger sur un nouveau mode de développement économique du centre-ville et des centres commerciaux des quartiers périphériques où les magasins trop souvent fermés offrent une image négative de la ville à ses propres usagers. Les enquêtes citées ci-avant le montrent, plus un lieu est fréquenté, vivant et agréable, moins il connaît d’actes de délinquance et d’incivisme.

Bien sûr, beaucoup de ces actions  reposent sur de l’humain. Ainsi, au lieu d’investir dans un système de vidéosurveillance dont, si l’on en croit la  Cour des Comptes, les résultats ne justifient pas le coût d’investissement et de fonctionnement, ne serait-il pas judicieux d’affecter les crédits dédiés au remarquable travail déjà effectué par l’ensemble des acteurs du vivre ensemble que sont les citoyens, la police nationale, la police municipale et les Agents de Surveillance de la Voie Publique, les services sociaux, les associations et  l’ensemble des éducateurs et animateurs.  Ne sont-ils pas, tous ensembles, chacun dans leur rôle et mieux que des machines les véritables garants de la paix sociale à laquelle chacun d’entre nous aspire ?

 

 

Alors, pour ou contre la vidéo surveillance dans le centre ville de Cholet ?

Il est vraisemblable, qu’au terme de ces quelques lignes, sans doute même avant, le lecteur se sera forgé une opinion. Elle dépend de lui, de ses convictions, de ses engagements et de la perception qu’il a du sujet. Pour autant, il ne faut pas se cacher que cette question, tout comme la réponse que chacun d’entre nous pourrait exprimer, restera de pure forme, la décision est prise et les choletais ne seront vraisemblablement pas consultés sur le sujet. Il en va ainsi de notre système démocratique. Est-ce bien comme cela ? Pourrait-on faire autrement ? Ce sera peut-être l’objet d’une nouvelle communication.

 

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Patrick Lemaitre

 

 

Lien n° 1 le rapport « Hortefeux »

http://www.interieur.gouv.fr/Videoprotection/La-commission-nationale-de-videoprotection/Rapport-sur-l-efficacite-de-la-videoprotection

 

Lien n°2 « contestation des conclusions et de la méthodologie »: http://bugbrother.blog.lemonde.fr/2009/11/13/un-rapport-prouve-linefficacite-de-la-videosurveillance

Lien n° 3 « rapport de la cour des comptes » : http://www.lemonde.fr/mmpub/edt/doc/20110707/1545747_3260_rpt_securite_publique_definitif.pdf

Lien n°4 »La cour des comptes enterre la vidéo surveillance » :

http://bugbrother.blog.lemonde.fr/2011/07/14/la-cour-des-comptes-enterre-la-videosurveillance/

 

Lien n° 5 «  la vidéo surveillance au Royaume uni » :

http://ldh-toulon.net/la-video-surveillance-au-Royaume.html

 

Et aussi

http://souriez.info/Annulation-de-la-videosurveillance

http://www.paris-sans-videosurveillance.fr/IMG/doc/Bibliographie.doc

 

 

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